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Le projet des Balcons du Mercantour présenté par le Conseil Général des Alpes-Maritimes et porté par son président, Christian Estrosi, avait laissé perplexes beaucoup d'observateurs et suscite déjà de nombreuses oppositions.

Outre son ampleur et son coût, il impliquait des aménagements lourds en sites vierges en plein cœur du Parc National du Mercantour (PNM) dont la charte stipule au contraire que les aménagements touristiques nouveaux doivent rester exceptionnels et répondre à un souci d’intégration dans le paysage et de réversibilité possible.

La communication autour du projet a fait l'effet d'une bombe dans le monde de la montagne et a créé un réel malaise en montrant la réalisation effective de travaux destructeurs en site vierge depuis plusieurs semaines sans aucune information préalable, en insistant sur une démarche marketing de produit d'appel et en donnant l'impression d'une volonté de mise devant le fait accompli.

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Les Balcons du Mercantour

Projet abandonné - Projet à construire


La 3e réunion de concertation s'est conclue sur l'abandon du projet des Balcons du Mercantour initié par le CG06. Il devrait être remplacé par un nouveau projet issu des travaux de la commission de concertation.

L'ambiguïté ambiante est levée avec des groupes de travail qui planchaient sur tout autre chose que le projet initial et des conseils municipaux qui dans le même temps l'approuvaient !

L'esprit de dialogue voulu par le CG06 et les participants a donc prévalu. Il faut en particulier féliciter et remercier son président et son prédécesseur pour leur esprit d'ouverture et leur prise de décision, de même que tous les acteurs du CG06, le président et les membres de la commission de concertation qui ont permis d'aboutir à ce résultat.

Cette 3e réunion a clôturé un 1er cycle de réunions des différents groupes de travail qui a montré une volonté forte à la fois de protection de l'environnement et de développement des vallées. Mais leur déroulement dans un ordre arbitraire n'a pas permis aux groupes de s'enrichir des résultats des autres.

La confiance est donc en partie restaurée, mais on est encore loin de 100 % tant que des projets d'itinéraires seront lancés à la va-vite ou en marge de la commission et sans étude préalable sérieuse, variantes à peine cachées du projet initial.

Un projet abandonné, un autre à construire

Le projet initial des Balcons du Mercantour a donc été retiré. Il n'existe plus. Il faut dire que la grande majorité des participants s'en est progressivement éloigné avec même parfois des oppositions particulièrement tranchées.
Complément question 49.

Pour autant le CG06 n'a pas renoncé à la création d'un itinéraire pédestre à travers le massif du Mercantour, mais il en a tout simplement confié l'étude à la commission de concertation présidée par Gaston Franco, son président et président du CA du Parc National du Mercantour.

Vous allez vous approprier le projet et le mener à terme, a déclaré Christian Estrosi aux membres de la commission, une fois que vous serez prêt on sera là [le CG06, ndlr] pour vous accompagner et vous soutenir. Ce projet n'est plus celui du conseil général, c'est le vôtre.

Et Éric Ciotti, président du CG06, d'enfoncer le clou :
Si ne se dégage pas un consensus, si demeurent les incompréhensions, le projet sera abandonné. Mais je suis persuadé qu'on parviendra à un tel consensus, au moins entre les élus concernés, le Parc National, le collectif Vigilance Mercantour et le Club Alpin Français
.

En d'autres termes, Gaston Franco, à travers la commission de concertation qu'il préside, a récupéré la mission de créer le consensus sur un nouveau projet.

Le PNM, évincé dans un premier temps du projet du CG06, retrouve son rôle central. Le CAF devra clarifier sa position et revenir à ses fondamentaux à savoir sa Charte de la Montagne.

Le collectif Vigilance Mercantour, dont l'opposition dès le début des travaux a forcé à la concertation et dont le projet évolutif en fonction des suggestions des uns et des autres a marqué de nombreux points, se félicite du vrai dialogue qui s'est mis en place.

Il se considère comme une force de proposition prêt à continuer le travail commencé, au sein de la commission de concertation. Il sera un contributeur actif si le projet est en phase avec son cahier des charges mais n'hésitera pas à critiquer voire à s'opposer dans le cas contraire.
Complément question 63.

Le CG06 se redonne ainsi l'opportunité de créer un sentier exemplaire dans un territoire d'exception en suivant les conclusions de la commission de concertation pour un investissement bien moindre.

Bilan des groupes de travail

Les groupes de travail auraient pu être plus constructifs s'ils avaient travaillé plus en cohérence les uns avec les autres, néanmoins le bilan est riche et permet de dresser un premier cadre pour le futur projet.

Le groupe Projet de territoire positionne d'entrée de jeu le projet sur un territoire élargi à l'ensemble du massif transfrontalier, qui devra être exemplaire dans sa démarche de développement durable et de protection environnementale. À ce titre, l'idée de le placer intégralement dans un espace protégé progresse.
Complément question 57.

Le groupe Centre de ressources - Biodiversité insiste sur le devoir de protection et de conservation de la biodiversité dont le Mercantour constitue un point chaud (hot spot) au niveau mondial.
Il réaffirme la nécessité de protéger les zones humides et son opposition à la construction de refuges, notamment à Lagarot et à Terre Rouge.
Complément question 56.

Le groupe Produit touristique entend que le projet réponde aux principes de l'écotourisme. Il doit faire preuve d'exemplarité dans la gestion des ressources naturelles et être de grande notoriété.
Complément question 55.

Le groupe Clientèles identifie une clientèle sportive qui fera la notoriété de l'itinéraire, une clientèle novice et familiale qui préférera redescendre en vallée et une clientèle intermédiaire qui parcourra l'itinéraire par tronçons.
L'attractivité du sentier pourrait provenir du fait que l'itinéraire est tout entier situé dans une zone protégée.
Complément question 54.

Le groupe Aménagement des sentiers précise que le projet doit utiliser les sentiers existants. Ceux-ci seront exclusivement pédestres, sans aménagement spécifiques pour des publics particuliers, ni aménagement de confort et sans artificialisation.
Complément question 53.

Le groupe Itinéraire et variantes n'a pu conclure car ses travaux sont dépendants des conclusions des autres groupes. Chacun a voulu défendre son projet, notamment chacun des deux co-présidents, sans veiller à respecter un quelconque cahier des charges. Pire l'un des co-présidents a court-circuité le groupe en menant une étude parallèle, se disqualifiant ainsi dans son rôle.
Complément question 52.

Plusieurs groupes ont fait ressortir que le projet doit respecter la réglementation, les chartes et les procédures en vigueur qui avaient été un peu oubliées dans le projet initial.
Complément question  62.

Une démarche à reprendre

Le premier cycle de réunion a confirmé que tous les groupes ne se situent pas au même niveau dans le processus de conception.

Des améliorations sont possibles dans cette démarche en retenant 3 groupes stratégiques : Projet de territoire, Centre de ressources - Biodiversité, Produit touristique incluant le groupe Clientèles et un groupe tactique : Itinéraires et Sentiers, réunis en un seul.
Complément question 51 et question 58.

Les groupes stratégiques définissent la raison d'être du projet et ses caractéristiques principales, son contenu et ses cibles. Le groupe tactique met en application les conclusions des premiers pour définir les itinéraires possibles qui s'imposeront alors d'eux-mêmes, après calque sur les différents tracés des contraintes écologiques, légales, techniques et financières.

Conclusion,  perspectives et risques

S'il est difficile d'être contre un itinéraire de randonnée, ce projet a montré que tout n'est pas possible n'importe comment. Que la montagne et la nature se respectent, que l'homme qui pénètre dans des espaces naturels, et d'autant plus qu'ils sont classés et/ou protégés, doit le faire avec respect en minimisant ses impacts et en s'adaptant à l'environnement, surtout pas en adaptant l'environnement à sa pratique.

Que ses habitants, qui devraient pourtant défendre leur pays, ont trop la tête dans le guidon pour prendre le recul nécessaire afin de rompre avec les pratiques courantes d'aménagement lourd et réaliser qu'elles ne correspondent plus à l'époque. Que le sanctuaire que constitue le cœur du parc national doit être respecté et ne faire l'objet d'aucun aménagement.

Le projet dit des Balcons du Mercantour est donc abandonné. Ne soyons pas naïfs, c'est à contrecœur que ses promoteurs ont fait machine arrière. Ce retrait résulte de la mobilisation forte d'amoureux de la montagne, de pratiquants, habitant ou non les hautes vallées, pas particulièrement des ayatollah écologistes intégristes, selon des qualificatifs lus ou entendus ici ou là, qui se sont réunis spontanément, au sein du collectif Vigilance Mercantour, en se disant : on ne peut pas laisser faire ça comme ça.

Les perspectives d'aboutir à un projet respectant le parc, sans nouveau refuge, utilisant les sentiers existants et bénéficiant aux habitants des villages sont réelles. Vigilance Mercantour y contribuera en s'appuyant sur son cahier des charges. Mais le calendrier initial est abandonné et le projet est certainement moins prioritaire que la candidature de Nice aux JO pour Gaston Franco qui en préside également le comité de pilotage.

Mais les risques d'une manipulation existent aussi ou plus pernicieux d'une reprise à la carte des propositions de la commission de concertation ou encore de la réalisation ici ou là de petits travaux d'aménagement sans concertation.  Aux  quels cas la confiance et le consensus voleraient en éclat.

Enfin, la possibilité d'un soufflé qui retombe d'ici quelques temps ne peut certainement pas être exclue, au prétexte, par exemple, qu'il n'y aurait pas eu de consensus.

La proposition au classement au patrimoine mondial de l'humanité de l'Unesco d'un espace transfrontalier incluant des espaces hors du cœur du PNM pour en assurer la cohérence, conforte la volonté de Vigilance Mercantour d'intégrer la totalité de l'itinéraire dans une zone protégée pour en renforcer la notoriété.